3 QUESTIONS À PATRICE LECONTE


20/09/2019

  


Le "Batteur du Boléro" de Patrice Leconte, au catalogue de L’Extra Court !

C’est un véritable événement que l’arrivée au catalogue de L’Extra Court, en version numérisée restaurée, du Batteur du Boléro de Patrice Leconte (1992).
Un entretien express s’imposait donc vivement avec ce réalisateur d’expérience, mais toujours particulièrement attaché au format court !

 

 

VOUS AVEZ RÉALISÉ BEAUCOUP DE COURTS MÉTRAGES AU DÉBUT DE VOTRE CARRIÈRE. QUE REPRÉSENTAIT POUR VOUS CE FORMAT ET QUE VOUS A-T-IL PERMIS D’APPRENDRE OU D’EXPÉRIMENTER ?

J’ai adoré faire des courts métrages, c’était des trucs faits avec des bouts de ficelle, qui coûtaient trois francs six sous, des balbutiements, des films d’animation souvent, en papier découpé ou en pâte à modeler (parce que ça me permettait de travailler seul). Mon père, qui avait une Beaulieu 16 mm, pour faire des films de vacances ou de voyages, me prêtait sa caméra, et j’ai pu ainsi faire des “petits films”, que j’écrivais et que je tournais avec des copains du lycée. Certains d’entre eux ont été sélectionnés dans des festivals, je crois même avoir remporté des prix – mais je ne suis plus trop sûr… – et c’est avec ces films archi fauchés que j’ai appris l’essentiel de ce métier, le scénario, le découpage, les cadres, le rythme, etc. Bien davantage qu’en deux ans d’Idhec (l’école de cinéma, un brin poussiéreuse, d’avant la Fémis).
En tout, ça représente plus d’une vingtaine de courts métrages, dont je suis heureux que les copies aient été pour la plupart perdues ! Je n’ai tourné que deux courts vraiment “professionnels », en 35 mm : Le laboratoire de l’angoisse et La famille heureuse.
Et je suis ahuri de penser que certains réalisateurs tournent un jour leur premier long métrage sans avoir jamais tourné de court…

 

APRÈS TANT DE LONGS MÉTRAGES À SUCCÈS, VOUS ÊTES REVENU PONCTUELLEMENT AU COURT MÉTRAGE AVEC CE FILM. QUELLE EN FUT LA GENÈSE ?
Cela faisait longtemps que je racontais à qui voulait cette idée de court métrage. Les gens me disaient que je devais absolument le faire. Mais je n’en voyais pas la nécessité. Jusqu’au jour où, au cours d’un dîner, je raconte Le batteur du Boléro à Gilles Jacob, qui adore cette idée et me dit : “Si vous le tournez, je le projette à Cannes !”. Et donc je l’ai tourné, en le coproduisant avec Thierry de Ganay, chez qui je faisais de la publicité à l’époque. Et, au fond de moi, j’ai trouvé ça assez chic de revenir au court métrage entre deux longs, une chose qui ne se fait pratiquement jamais, puisque le court est considéré comme un moyen d’accès au long, et que lorsqu’on accède au long, on n’a guère envie de revenir au court… Ce qui, en fin de compte, est un peu dommage.

 

QUELS SOUVENIRS GARDEZ-VOUS DE CETTE EXPÉRIENCE AVEC JACQUES VILLERET ET QUE VOUS ÉVOQUE LA SECONDE VIE OFFERTE AU FILM, PRESQUE 30 ANS APRÈS ?
Un soir, au théâtre, j’ai raconté mon projet de film à Jacques Villeret, dont j’étais sûr qu’il était l’acteur idéal pour être ce batteur. Il a été immédiatement partant. L’idée du plan-séquence s’est immédiatement imposée. J’ai dit à Jacques que tout l’orchestre du Boléro se cale sur le batteur, alors que, justement, celui-ci a d’autres pensées en tête : des soucis, des factures impayées, une engueulade avec sa femme, des voisins envahissants, des enfants avec de mauvais bulletins scolaires… Bref, des soucis quotidiens. En plus, il a la migraine, c’est vous dire si battre comme un métronome vivant cet interminable boléro est une épreuve très pénible pour lui. Nous avons fait quatre prises, mais je ne me souviens plus du tout laquelle j’ai retenue.
Et de penser que, grâce à L’Agence du court métrage et à L’Extra Court, ce film va connaître une nouvelle vie m’enchante comme vous ne pouvez pas imaginer, d’autant plus que sa première vie, malgré son passage à Cannes, a été assez discrète, alors que c’est un film universel – pas un mot n’est prononcé – et intemporel, comme le Boléro lui-même.

 

Entretien réalisé par Christophe Chauville, responsable des éditions de L’Agence du court métrage