ENTRETIEN : BENOIT FORGEARD


24/06/2019

  


RENCONTRE AVEC LE RÉALISATEUR D'YVES, EN SALLES LE 26 JUIN

Présenté à la dernière Quinzaine des réalisateurs à Cannes, Yves, deuxième long métrage de Benoit Forgeard, sortira le 26 juin prochain. L’Extra Court remet en avant pour l’occasion Respect, l’un des courts métrages du réalisateur, une excellente raison pour lui poser trois questions sur son incomparable filmographie.
Photo : © Philippe Lebruman.

 

Avec lequel de vos films précédents, tous formats confondus, ce nouveau long métrage entretient-il selon vous le plus de parentés ?

Le “fribot” Yves peut évoquer le personnage de Flippy dans Respect, une mascotte en mousse ignoble et richissime. À la différence qu’Yves est bon, “par programme”, comme on dirait “par nature”. La folie singulière de So (Doria Tillier) est assez proche de celle de bon nombre de mes personnages, prêts à suivre une voie excessive et volontiers immorale, telles Maud Delmas dans La course nue ou Jackie Larose dans Coloscopia. Enfin, il y avait déjà une intelligence artificielle dans Gaz de France, l’humanoïde Pithiviers, qui finissait par devenir un président de la République éphémère.

 

Quel regard portez-vous aujourd’hui sur votre période “courts métrages”, en regrettez-vous certains aspects et comptez-vous en refaire dans le futur ?

Les courts m’ont permis d’apprendre le métier, puis de ne pas perdre la main. Je cherchais à écrire un scénario de long, mais je n’y parvenais pas. C’était à la fois un moyen de gagner ma vie agréablement, mais aussi de faire des rencontres. C’est par le court que j’ai rencontré Emmanuel Chaumet, mon producteur, mais aussi William Lebghil. Si au moment de préparer Yves, je me tourne vers William et que la sauce prend instantanément entre nous, c’est parce que nous nous connaissons déjà, que nous avons l’expérience d’un film. C’est aussi en voyant Respect dans Histoires courtes que Philippe Katerine m’a découvert. J’ai tellement fait de courts que je n’ai pas pour projet immédiat d’en refaire. Je compte plutôt explorer l’ultra long, voire l’hypra long.

 

De quelle façon abordez-vous la direction d’acteurs au fil de cas de figure aussi différents que Philippe Katerine, une mascotte en mousse, l’excentrique Darius ou… vous-même ?

Pendant longtemps, j’étais assez directif. Je n’étais pas un metteur en scène “à comédiens”. Je venais des Beaux-Arts et mon approche du cinéma s’en ressentait. Elle était formaliste. J’étais un peu désemparé avec les comédiennes et les comédiens. J’attendais qu’ils parlent comme moi, et celles et ceux avec qui ça se passait le mieux étaient des interprètes qui adorent interpréter la partition, à la manière de musiciens. Désormais, je fais plus de place aux comédiens. Pas au point de les laisser improviser, mais pas loin. Je ne place plus systématiquement de marques au sol. Je ne sais pas ce qui m’arrive, je crois que je suis amoureux.

 

Propos recueillis par Christophe Chauville
Remerciements à Karine Durance